Pharmacopée n°10

Henry David Thoreau a dit : « Renouvelle-toi complètement chaque jour. »

De plus en plus, je prends conscience que ce n’est pas forcément les grandes épreuves qui nous fragilisent mais plutôt les hauts et les bas du quotidien, la tourbe des menus maux pour parler comme Montaigne, d’où peut-être la nécessité de développer un art de la persévérance : savoir garder le cap et surtout trouver des endroits, des activités pour se recréer, l’art de se reposer aussi. Oser en somme la reddition.

A quoi bon multiplier les activités, se lancer tête baissée à la quête du progrès si l’on ne sait pas, si l’on ne peut pas les savourer ? Donc, se donner totalement à l’instant, embrasser à fond joies et peines pour poursuivre, renouvelé et nu, chaque étape de la vie.

27 Comments on “Pharmacopée n°10”

  1. Reddition intérieure – Ceci pourrait être une manière de répondre « Présent! » au rendez-vous avec soi-même, de se rendre à l’évidence de ce que nous dit notre corps. Parce qu’on pense souvent assez mal lorsqu’on omet son corps ou qu’on le tient pour quantité négligeable, comme un esclave. La preuve: il fait son incroyable travail de nous faire vivre, et nous, on le mine, on le triture, on l’angoisse, on lui fait éprouver des choses terribles, en pensant. Pas étonnant qu’au bout d’un moment il tombe malade, et là encore, il va essayer de nous guérir. Nous sommes des employeurs ingrats. On se croit rationnel, “je pense donc je suis”! Laissez-moi rire! Je pense donc je me défais, j’entrave la bonne marche organique de moi-même. Surtout lorsque je prétends commander la pensée, en bon petit chef, du haut de mon trône, en lui donnant des ordres, “fais ci, fais ça”. Et le corps lui, soumis comme un gentil toutou à un maître tyrannique, fait docilement de son mieux. Ordre, contre-ordre, et tiens, prends encore ça. Et un jour on dit: “Monsieur Lachepaprise est mort, c’est le coeur qui a lâché”. Mais je crois au contraire que c’est Monsieur Lachepasprise qui a lâché son coeur, et non l’inverse. Dans les avis mortuaires, on devrait remercier les organes qui ont tout fait pour que le bonhomme vive le plus longtemps possible.

    Prendre quotidiennement rendez-vous avec soi-même, c’est apprendre que je ne suis pas qu’une tête, mais un tout et qu’en me mettant à l’écoute de mon corps, je me vis complètement. Prendre rendez-vous avec moi-même, c’est choisir d’ôter mon bonnet d’âne, de quitter le coin dans lequel je me suis moi-même mis pour me punir, de détourner le regard du mur des idées que je me fais, pour me rejoindre. A chacun de se souvenir où se trouve son havre de paix, avec l’aide de son vécu, de ses sensations et des choses aimées, avec tout ce qui lui sourit et lui fait du bien. Il n’y a pas de recettes, mais une première indication que nous donne Alexandre: prendre le temps de contempler les aubes qui se lèvent en nous.

    1. La remarque de Frédéric sur le contrôle du corps par l’esprit me paraît très intéressante et très fondamentale. Elle correspond tout à fait à la formule de Spinoza sur le but des êtres vivants qui est de « persévérer dans son être » autrement dit c’est le corps qui s’organise pour vivre. Pour durer. Pour assurer le bon fonctionnement du coeur comme dit Frédéric. Tout le système d’information du corps vise à donner constamment une sorte de « bulletin de santé » interne. Le langage, les fonctions supérieures de la pensée peuvent être considérés comme des mécanismes adaptés à l’environnement complexe d’un être humain mais visant à assurer la survie, le bien être, à « persévérer dans son être » comme le dit étrangement Spinoza.
      Au point que toute fierté mis à part le langage n’est qu’une fonction sophistiquée de survie. Les stoïciens parlent de la partie dirigeante de la pensée, un truc genre l »hégémonikon. Mais rien n’indique que cette partie soit en mesure de contrôler nos états d’âme, de donner la « tonalité » de l’humeur du moment qui dépend peut être beaucoup plus de la digestion que ne l’imagine les êtres humains si fiers de leur supériorité… Meme la civilisation technique et culturelle n’est qu’un mode de survie qui sera balayé par la première grosse météorite mal lunée qui finira par s’écraser… Dire cela n’a rien de pessimiste…

  2. frederic et Alexandre, comme vos mots apaisent et font du bien. ils m’ouvrent droit à des idées que je ne savais avoir le droit d’avoir.
    merci

  3. Combien de fois par jour je suis obligée de lui dire stop(à ma tete) et combien de fois je suis obligée de reprendre rendez vous avec moi meme .Je finirai bien par y arriver un jour !! jjjjjjjjjJJJcrois c’ezt

  4. je disais: J’y crois c’est déjà beaucoup.il y en a toujours un qui va plus vite que l’autre tant que les deux ne marchent pas « main dans la main »ça ne le fait pas merci Alexandre et Frédéric

  5. Alexandre, oui ce sont les hauts et les bas du quotidien qui fragilisent…(sep) car pour les grandes épreuves, physiques, s’en remettre à des tiers permet finalement de lacher prise… un temps… « Développer l’art de la persévérance » est nécessaire, « mais l’art de se reposer », ou comme le dit Frédéric, prendre rendez-vous avec soi-même, écouter son corps, est essentiel…
    Les derniers mots d’une grand-mère à sa petite fille : « Simplifie, simplifie… »

  6. Merci Alexandre pour ces mots, ces émotions qui sans donner de leçon, offre une nourriture philo-spirituelle à nos esprits torturés.

  7. Dans mon travail au quotidien, je rencontre des personnes qu’on a désigné comme démentes (maladie d’Alzheimer)………..nous vous y trompez pas se sont des sages………..pour elles demain est un vague mot dont le sens leur échappe, hier n’a du sens que si nous avons passé de bon moments ensembles et seule cette joie subsistera dans sa mémoire. Elles sont mes maîtres de vie : vivre le moment présent intensément : respirer ensemble, rire ensemble, se tenir la main, se regarder……..la vitesse nuit à leur bien- être. Le chaos de nos activités quotidiennes « indispensables » peut les affoler. Tous les jours, je m’entends dire que je suis belle, qu’elle m’aime………..les déments ne sont pas ceux qu’on croit !

  8. Bonjour,
    Merci pour cette phrase qui prend de plus en plus de sens dans ma vie. Essayer de ne plus se projeter vers l’avenir en augmentant ses anxiètés mais prendre le temps de souffler, se ressourcer , se donner et partager des moments de joie pour faire face à nos tracas quotidiens jour après jour .
    Bon week end à vous Alexandre

  9. Je sors de la lecture du philisophe nu, mais à vrai dire, en sort-on vraiment ? Cette lecture est une caresse apaisante et joyeuse sur notre humanité si faible, trop humaine. Une invitation au calme et à l’auto-indulgence que l’on s’accorde si rarement pourtant. Un grand merci. J’ai acheté le livre après votre passage à la Grande Librairie, votre authenticité crevait l’écran. Une dernière chose, je vous trouve très beau !

  10. une phrase qui me donne le courage de persévérer dans l’attention au quotidien (la méditation m’en a donné le moyen) : « Ne permet pas aux évènements de ta vie quotidienne de t’enchaîner mais ne te soustrais jamais à eux ; ainsi, seulement tu atteindras la libération » HUANG PO.

  11. Bonjour Alexandre Jollien
    Je réponds à votre pharmacopée n°: 10 qui apporte un soutien à la thèse d’une vie « au jour le jour ». Dans ma situation: handicapé et chômeur, je préfère vivre au jour le jour et supporter les événements bon ou mauvais comme ils arrivent. Moi aussi je tape dans le bidon quand il le faut afin d’éviter le pire.
    Chaque étape de la vie renouvellée pour moi CHAQUE JOUR.
    Merci alexandre et plein de bonheur à vous

  12. Cher Alexandre,
    Il serait tant que tu t’en aperçoives…:)
    Après tout, la vie n’est qu’une suite de compromis auxquels nous devons faire face chaque jour qui passe…
    Aujourd’hui, à quoi suis-je confronté ?
    Amitiés…:)

  13. Bonjour à tous.

    Je suis très touché que ces pharmacopées nourrissent autant de réflexions et invitent à la pratique. Vos réactions me touchent énormément et je m’aperçois que, bien souvent, je m’isole, croyant être le seul confronté à certaines situations.

    Merci pour la citation de Huangpo, que je vais méditer sans modération.

  14. De plus en plus, je prends conscience que ce n’est pas forcément les grandes épreuves qui nous fragilisent mais plutôt les hauts et les bas du quotidien, la tourbe des menus maux pour parler comme Montaigne, d’où peut-être la nécessité de développer un art de la persévérance : savoir garder le cap et surtout trouver des endroits, des activités pour se recréer, l’art de se reposer aussi. Oser en somme la reddition.

    À quoi bon effectivement, à quoi bon aller sur la lune pour fuir nos « menus maux », si il sont menus surtout pas en faire une montagne, si nous emmenons nos menus maux avec nous?
    Oser la reddition certes, mais si nous conservons les armes qui nous fragilisent, où est-elle la reddition?
    Par ailleurs ce qui est parfois fatiguant ce sont plus les parcours du hauts et du bas que les hauts et les bas en eux même, ainsi ne voudrait-il pas mieux faire du surplace ou la reddition comme vous dites?
    Pour faire de nos maux ,des menus, il suffit pas de le dire faudrait savoir le faire, transformer nos maux en menus, c’est ce qui est difficile.
    Quant à oser la reddition, d’accord, mais comment faire la reddition et que faire pendant, les endroits et les activités ce n’est pas difficile d’en trouver, ce qui est difficile est de connaître l’art pour l’utiliser pendant la reddition.
    Maintenant qu’es l’art de la reddition sinon l’art de nos pensées, savoir que c’est un art c’est bien, mais faire de l’art une pratique, c’est plus compliqué.
    Accepter nos limites et celles de notre imperfection pourrait être l’art de l’humilité, il est dit ici, le faire c’est l’accepter dans notre pratique quotidienne.
    g

  15. Votre propos me rappelle deux poèmes (oserais -le le dire?!: de moi)
    1)
    La beauté de l’aube

    la fraîcheur dure ce que dure son sillage
    puis
    midi temps égal ciel parfois de si peu de mouvement
    de si peu de lumière
    de si peu de mouvement

    le découragement

    Recréer la nuit sa pénombre prégnante comme une présence familière
    ancestrale
    la bouche veilleuse des origines
    passer dans le sommeil
    pour me réveiller neuve
    avec l’aube en dedans
    et sa fraîcheur qui dure ce que dure son sillage

  16. 2)Dans la nuit
    quelque chose
    ploie
    sans violence
    sans bruit
    et, semble-t-il, avec joie

    quelque chose
    dans l’instant passe,
    déraciné
    entre dans la lumière de l’ignorance de Grâce innée ou de la foi
    entre dans la douceur maternelle de l’instant

    moi aussi
    je voudrais bien ployer

  17. comme j’aime le commentaire de Frédéric 8 nov, autrement dit , en plus court  » aime toi  »
    les chrétiens disent je crois :  » aime ton prochain comme toi m-eme  » comme on l’oublie ce  » comme toi même  » !
    se pardonner , se traiter avec fermeté oui mais aussi avec douceur , comme une
    bonne mère avec son enfant

  18. Que dit Montaigne « La tourbe des menus maux »… En effet. Dans le zen il y a la méditation assise, le cul sur le zafu ou encore la méditation en marchant. Il faut prévoir l’heure de la séance, se libérer etc… Moi je préfère organiser des méditations au coeur de ma journée de travail. J’aime les arrêts de bus par exemple, la pluie qui tombe, le plaisir d’être emmitouflé, de feuilleter le Philosophe nu en observant du coin de l’oeil un passant, une passante… Parfois j’engage la conversation… Sur n’importe quel sujet…
    J’aime aussi méditer en faisant la queue à la boulangerie par exemple… Et parfois j’ai la chance de voir quelqu’un tenter de truander la queue. Car c’est une chance, c’est rare de voir quelqu’un d’assez mesquin pour ne pas se rendre compte à quel point il est sottement enfantin… Avant je gueulais. Puis j’ai été moqueur… Puis je laissais passer avec une petite raillerie gentille. Maintenant j’atteint la sagesse, je me réjouis lorsque quelqu’un accepte de me passer sournoisement devant, c’est si rare, si rigolo… le regard en coin, le sentiment d’être plus fort que les autres, tous ces sentiments enfantins étalés au grand jour. C’est si rare… Encore que car hier j’ai lu qu’un homme s’est fait poignardé mortellement après une dispute dans une queue de boulangerie. Il paraît que la victime était très agressive mais il est tombé sur plus agressif encore… Comme quoi remonter une queue c’est dangereux en plus, donc applaudissons le courage de ceux qui pour notre distraction acceptent tous les risques liés au dépassement dans les queues… Certains en lisant ça croiront que je plaisante, je ne plaisante absolument pas…
    Le problème pour vous, Alexandre, c’est que, paraît-il, personne ne dépasse dans les queues des boulangeries suisses.
    Sinon la conduite automobile est une source étonnante d’exercices philosophiques… On progresse constamment, au départ on arrête les doigts d’honneur, puis on arrête les insultes, puis on sourit, puis on rit, puis on rit aux éclats. Il y a des étapes, à l’intérieur de soi, des degrés dans la profondeur de notre réflexion sur telles ou telles situations. Mais là encore paraît-il les conducteurs suisses ne commettent jamais d’infraction, surtout pas d’excès de vitesse. Pardon, mais on peut bien blaguer non même sur un site philosophique. Non ?

  19. Mon frère interroge son jeune fils, mon neveu Jules et lui demande le nom des doigts de la main. Le pouce, très bien, l’index, oui, l’annulaire, très très bien, l’auriculaire, super… et le dernier, le grand doigt. Jules va échouer, il cherche et soudain il a trouvé et s’écrit triomphalement « Le doigt de l’honneur ! Jules c’est rappelé soudain comment Papa faisait lorsqu’un chauffard lui faisait une queue de poisson.

  20. Apparemment il y a du nettoyage à faire. Je parle de tous ces messages passe-partout en anglais qui servent à orienter vers un site commercial. Ah je vous jure ma bonne dame… Moi j’ai rien à vendre… Bon vivement que la responsable du site accouche, la philosophie a besoin de vous…

  21. Il faudrait prendre la résolution- et s’y tenir-de commencer chaque jour « comme le premier jour de sa vie »,savoir l’accueillir avec curiosité , profiter au maximum de toutes les minuscules joies et décider d’affronter une après l’autre les difficultés qui se présentent pour les résoudre.
    Inutile de s’agiter comme un écureuil dans sa cage et profiter de tous les moments de repos dont ont besoin corps et esprit .Mettre un frein à ce désir de toujours courir, de faire sans cesse quelque chose, de se mettre sans cesse en avant. Et savoir donner c’est la seule façon de recevoir .

  22. « Chaque seconde est un miracle »: voila une phrase que je perçoit pleinement, quand mon état d’esprit le permet…

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