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«Le
métier d'homme»... quel boulot!
Avec un refrain:
viva la vida!
LE METIER D'HOMME
d'Alexandre Jollien, Seuil, 92p.
La valeur des
livres n'attend ni le nombre des années ni celui des pages...
Le Métier d'homme est un petit ouvrage fort tonique, écrit par
un jeune auteur philosophe qui nous avait déjà offert un éloge
de la faiblesse (1), remarqué par l'Académie française en
1999. Alexandre Jollien, victime d'un accident de naissance,
est handicapé, aussi vif dans sa pensée qu'embarrassé dans ses
mouvements et sa parole, « démarche chaloupée, voix hésitante
», écrit-il de lui-même.
Dans la filiation
des philosophes stoïciens, il forge dans cette faiblesse une
force particulière : « Par une bien curieuse dialectique, le
manque peut devenir une source, un élan vers plus de bonheur.
» Ce bonheur, cette joie, cette légèreté, Alexandre Jollien
les revendique comme son mode de résistance, sa victoire sur
les difficultés du quotidien. Sans tomber dans le travers de
glorifier la souffrance ou le handicap en tant que tels : « La
souffrance ne grandit pas, c'est ce qu'on en fait qui peut
grandir l'individu. »
Alexandre Jollien ne s'appuie pas sur une foi religieuse _ il
se dit certain du néant « dont nous procédons et vers lequel
nous sommes précipités » _ mais refuse que ce néant couvre sa
vie d'un voile tragique. La grande force des faibles, explique
le jeune écrivain, c'est qu'ils ont besoin des autres, de leur
faire confiance et d'accepter leur aide : « Sans l'autre je ne
suis rien, je n'existe pas. » Et il croit, Alexandre Jollien,
à la créativité, au pouvoir de transformer le monde de ces
différents, de ces « anormaux » et autres marginaux, entre
lesquels Alexandre Jollien rêve de « jeter des ponts ». Dans
sa préface, le philosophe Michel Onfray rend hommage à son
énergie : « L'écriture transfigure la douleur en or pur d'une
confession, au sens augustinien, puis elle contribue à
l'événement d'une parole libre, singulière, subjective, donc
universelle. » « Au combat donc, conclut l'auteur, car tout
est à bâtir avec légèreté et joie ! » Voilà un homme qui fait
bien son métier. Dominique QUINIO (1) Cerf, 101 p., 13 E.
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